Indisponible en votre langue / Unavailable in your language Un martyr moderne dans un continent qui ne compte plus les martyrs LIRE EN DOCUMENT JOINT (Actualité) L’HISTOIRE DE LA COLONISATIONDE L’AMERIQUE LATINE (12 octobre : Jean-Bosco Bournier, jésuite brésilien et martyr. « L’histoire du salut n’est rien d’autre que l’accumulation de réponses d’hommes et de femmes à l’appel de leur baptême ». Pour l’essentiel de son ministère comme prêtre, Jean-Baptiste Bournier a fait peu impression sur ses confrères. Ce fut seulement vers la fin de sa vie quand il fut planté dans une sorte de désert, que ses véritables talents eurent la chance de fleurir. Des débuts tout simples. Né au Brésil, Bournier entra chez les jésuites à l’âge de 19 ans. Quand il fut ordonné en 1946, il rêvait de servir dans les missions à l’extérieur, mais il fut assigné à diverses tâches administratives, y compris neuf ans à la maison générale des jésuites à Rome. Il passa presque 30 années sans relief dans tes tâches qui lui donnaient peu de satisfaction humaine. De plus, il se trouva embarrassé par les changements introduits par Vatican II. Les débats entre les progressistes et les traditionalistes le laissaient froid. Il pria pour une sorte de guérison intérieure. Elle vint, enfin, en 1966, quand il reçut une nouvelle mission, de devenir missionnaire, non pas à l’extérieur, mais dans la région de Mato Grosso. La chance d’être envoyé en mission Ce n’était pas ce qu’il avait espéré, mais il y vit la réponse à sa prière. Mato Grosso était une région nouvellement créée, prise dans la jungle amazonienne du centre du Brésil. Les développeurs avaient repoussé la jungle et débroussaillé la forêt et les marécages pour créer des plantations énormes, certaines aussi grandes qu’un quart de millions d’acres. Pour ces riches barons de troupeaux, il y avait une fortune à faire. Pour les paysans sans terre qui fournissaient la main d’œuvre leur existence était à peine extraite de la servitude. Au dessous d’eux encore se trouvaient les Amérindiens, regardés comme des sous-hommes et comme des obstacles supplémentaires qui devaient être enlevés de la terre. Tout effort pour confronter ce système sans loi était repoussé avec une force brutale, soit par la police ou par des hommes à gages employés par les propriétaires. C’est le monde que le père Bournier rencontra en arrivant comme pasteur. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour réfléchir à nouveau sur toute la théologie qu’il avait apprise. Il n’était pas sous l’influence de la théologie post-conciliaire de France ou d’Allemagne. Il fallait réfléchir sur le sens de la foi à la lumière de la réalité sociale qui l’entourait. Quel pouvait être le sens de l’Evangile dans une situation où la vie était si bon marché ? Prêtre parmi les victimes de l’injustice Le Père Bournier conclut que le rôle du prêtre ne pouvait être simplement d’administrer les sacrements. Le travail du prêtre était de représenter les intérêts de la dignité humaine et de la justice et de rendre évident que Dieu n’était pas indifférent au sort des pauvres. Le père se trouva spécialement attiré vers les Indiens, les derniers parmi les pauvres, qui n’avaient aucun ami ni aucun avocat. Ce faisant il explora davantage le besoin d’adapter la foi à la culture du peuple. « Nous devons nous adapter à la culture des Amérindiens de manière à transmettre l’Evangile et découvrir dans la vie des Indiens les valeurs évangéliques qui y sont présentes ». C’était une tâche ardue et exigeante. Mais pour la première fois dans sa vie, le père Jean-Baptiste se trouvait heureux dans son sacerdoce. Avec le soutien de son évêque Il eut de la chance de trouver dans l’évêque local, Dom Pedro Casaldáliga, un des vrais prophètes et des héros de l’Eglise d’Amérique Latine. Renonçant à ses privilèges épiscopaux, Dom Pedro vivait dans une humble masure et s’habillait comme un paysan. Pour son soutien constant des pauvres, Dom Pedro avait subi un harassement continuel de la part du gouvernement militaire et des propriétaires locaux. Ils l’appelaient un communiste. Il comprit bien ce que Bournier vivait. Il lui dit : « Le travail le plus humble et le plus difficile d’un prêtre brésilien se trouve dans le Mato Grosso, travaillant pour un peuple traîné dans une vague de pauvreté, dans la solitude et le crime. Le Mato Grosso est encore une terre sans loi… La vie des paysans consiste à naître et à mourir, à être tué sans droits fondamentaux – dans le Mato Grosso, ces mots vont ensemble avec un naturel stupéfiant ». En octobre 1976, le père Bournier participa à une rencontre d’Eglise à São Felix et eut ensuite le privilège d’accompagner Mgr Casaldáliga dans une visite à des villages reculé de son énorme diocèse. Le 11 octobre ils arrivèrent dans la petite ville de Ribeirão Bonito.
Tué en défendant de pauvres femmes. Vers le soir ils apprirent que deux femmes paysannes étaient détenues et torturées à la prison locale. L’évêque décida d’aller parler en sa faveur. Le père Bournier l’accompagna. A la porte de la prison, ils confrontèrent la police et demandèrent que les femmes soient libérées les officiers étaient arrogants, s’adressant insidieusement à l’évêque et aux prêtres comme à des communs. Quand le Père Bournier les menaça de rapporter cela à leurs supérieurs, un caporal se dressa devant lui avec son fusil. Peut-être accidentellement le coup partit et le père fut atteint à la tête. L’évêque donna l’onction à son prêtre agonisant. Bournier demeura conscient quelque temps. « Quelle que soit ce que je souffre, dit-il, je veux l’offrir à Dieu pour que la commission Indienne vienne en aide à ces pauvres gens. Ils sont si anonymes. » Finalement, comme sa vie s’en allait, il murmura : « J’ai fini ma course. Tout est consommé ». Puis : « Dom Pedro, nous sommes arrivés au terme de notre travail commun ». Comme fruit de son travail, le Père Bournier avait désiré par-dessus tout la restauration de la dignité des pauvres du Mato Grosso. Il y parvint surtout par sa volonté de donner sa vie. Au lieu de son martyre, les paysans érigèrent une croix avec cette inscription : « Le 12 octobre 1976, sur cette place de Ribeirão Bonito, Mato Grosso, le Père Jean-Bosco Bournier fut assassiné pour avoir défendu la liberté des pauvres. Il est mort, comme le Christ, offrant sa vie pour notre libération. » |